Le Bar commun, un bar pas commun.

Pour vous parler du Bar commun, nous avons rencontré Laura et Benjamin, deux des membres fondateurs de ce lieu associatif du 18ème.

L’idée du Bar commun est née en novembre 2015, de désillusions et de déceptions vécues dans des parcours professionnels assez politisés. Un constat d’échec sans ambiguïté sur notre système démocratique actuel : alors que l’un était « socialiste productiviste » pur et dur, et que l’autre découvrait une culture française qui définissait chacun par sa profession – et donc par sa contribution économique à notre sacro-sainte croissance – , les deux ont fini par se rencontrer en 2008 au Parlement européen et n’ont pas tardé à rendre les armes, car témoins d’un monde politique « en permanence dans l’urgence », qui ne réagit qu’à « ce que l’air du temps [lui] dit ». « Tout est faux. » « Paumée politiquement et idéologiquement. »

Constat d’impuissance et perte de repères face à des personnalités qui n’ont souvent pas grand chose d’autre en tête que l’idée de se faire réélire.

Nous ne sommes plus en démocratie, mais dans une espèce d’électocratie, ou de lobbycratie. Se pose alors la question suivante : « qu’est-ce que la démocratie ? »

Selon Wikipedia, le terme démocratie désigne le plus souvent un régime politique dans lequel les citoyens ont le pouvoir. Pourtant, après leur expérience en politique, Laura et Benjamin ont eu plus que jamais l’impression de n’avoir aucun pouvoir, de n’avoir aucune prise sur « l’air du temps » qui dicte tant de choses à nos représentants politiques.

Petit à petit a donc germé l’idée de créer un lieu qui appartiendrait à tous, et en même temps à personne. Une sorte de laboratoire d’idées dans lequel chacun pourrait se sentir utile et proposer des pistes de réflexion sur le monde qui nous entoure. Avec une poignée de courageux, ils ont ouvert le Bar commun en octobre 2017, au 135, rue des Poissonniers, dans le 18ème à Paris.

Mais ça n’a pas été simple, parce que dès le départ ils ont souhaité marquer leur différence avec nos habitudes administratives : l’association qui régit ce lieu n’a pas de président, ce qui est un comble dans notre France cinq fois républicaine ! Notre Hexagone est peut-être le pays qui recense le plus de président au kilomètre carré ! Mais ils ont souhaité que ce projet ne puisse être personnifié, qu’il puisse appartenir à toute personne désireuse de s’y investir. Et ce détail-là, à la symbolique très forte, ne les a pas aidé pour obtenir les financements et les autorisations nécessaires pour donner vie à leur bébé.

Mais passons les difficultés et tracasseries administratives qu’on rencontré ces démiurges pour tout de suite recentrer le sujet sur l’important : le bar. Pourquoi avoir créé un bar ? Pour attirer du monde. Le bar est le produit d’appel le plus évident pour faire venir les gens (juste avant le salon de coiffure !). Mais ça n’est pas une fin en soi ! L’objectif est bel et bien de réfléchir à notre société et de faire réfléchir sur notre société, sur ce fameux « air du temps » pour arriver à le changer, à lui donner la direction souhaitée. Et cette direction, sans être des plus précises, est déjà plutôt claire dans leur esprit :

. Il faut « changer ce qui est désirable », faire en sorte que le confort matériel associé au travail ne soit plus bêtement synonyme de réussite, que l’égoïsme ne soit plus une valeur de battant, que l’empathie ne soit plus associée à la bêtise, que l’on sorte enfin de cette société de la compétition !

. Il faut « démonétariser la société, les relations sociales » notamment par le biais du bénévolat (et de la mise en place d’un revenu universel ? d’une monnaie alternative non assujettie à la politique d’un État ou d’une région économique ?).

. Il faut tendre vers « une croissance à 0% ou vers une forme de décroissance » (une insulte au capitalisme ambiant !).

Pour arriver à tout ça, il faut donc « sédimenter des idées », puis les expérimenter pour « avoir un vécu collectif sur des façons de faire alternatives », et enfin « proposer un appui collectif à ceux qui se questionnent ».

Le Bar commun a besoin de bénévoles, de bonnes volontés et de motivation pour ne pas devenir un bar… commun ! Pour qu’il fonctionne, bien sûr (ce ne sont que des adhérents bénévoles – 2€ l’année – qui passent derrière), mais aussi pour que fourmillent les idées, et se multiplient les activités proposées (conférences, débats, discussions, ateliers, aide administrative, concerts engagés, etc.). Rejoignez ce projet, rejoignez-les, rejoignez-nous ! Bref… Rejoignez-vous ! Et changeons ensemble cet « air du temps » qui semble dicter tant de choses à nos représentants politiques…

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