Le Gallus emplumé

Le Gallus emplumé est une rubrique qui souhaite donner leur place aux indignations constructives qui font chaud au coeur et remplument un peu le bestiau qui parfois désespère face aux assauts répétés des grands argentiers de nos sociétés.


En guerre

Le dernier film de Stéphane Brizé (qui a déjà prouvé son talent avec La loi du marché) s’intitule En guerre. Et c’est en effet un vrai film de guerre qui nous est proposé, mais sans arme à feu. Un film de guerre sociale, un film de guerre économique. Donc avec armes de destruction massive.

Avec une image à fleur de peau, qui ne se pose que rarement, et une musique électrique lourde et saturée, nous nous laissons transporter par Vincent Lindon (son plus beau rôle ?) dans un conflit opposant les ouvriers d’une usine promise à la fermeture aux patrons de celle-ci.

La mise en scène nous promène au travers d’une situation devenue tellement banale au fil de ces dernières décennies que plus grand monde n’y prête attention : le licenciement de centaines de personnes par une entreprise qui fait des bénéfices. Et le metteur en scène nous invite à faire face à ces questions : est-ce normal ? Devons-nous accepter ce type d’agissements sous prétexte que la concurrence économique mondiale l’exigerait ?

Nous assistons donc à l’indignation pacifique d’hommes et de femmes désespérés , comme on l’a déjà vu cent fois aux informations télévisées. Le conflit s’étale sur plusieurs semaines, puis l’impatience grandissant, l’État – censé représenter le peuple – missionne des forces de police pour déloger les grévistes de cette usine, par la violence. Pas de coups de matraques, pas de gaz lacrymogène, non, simplement des bousculades et des enlèvements de force. De la violence physique. Peut-être pas très spectaculaire, mais de la violence physique tout de même. Comme on en a déjà vu cent fois aux informations télévisées.

Comment un État peut-il autoriser la violence physique pour protéger des intérêts privés ? D’autant plus quand ces intérêts privés jouent contre l’intérêt public ? Se pose alors la problématique d’une loi devenue illégitime, car protégeant les plus forts au détriment des plus faibles. Une loi mise en place par un État acceptant une violence insidieuse, psychologique, sociale et économique, et s’étonnant d’une violence physique qui finit par éclater en réaction à la première…

En guerre est un film coproduit, entre autres, par Stéphane Brizé et Vincent Lindon.

Il est beau de voir les gens combattre pour une société plus juste, plus égalitaire ; et il est beau de voir que ce film magnifique n’a reçu aucune récompense au dernier festival de Cannes. Bizarrement, nous n’en sommes pas étonnés.


Enercoop

Nous, le duo Gallus, ne souhaitons pas que nos expressions s’adaptent aux sillons irradiés et radiés de nos terres arables. Imaginez un peu, si c’était le cas, nous les dirions, sans rire,  à cette façon : « ne te fais pas de  Tchernobyl », ou encore « Nagasaki le tour ? » ou même « tout Fukushima le camp dans cette région ! »

Alors pour éviter que cela arrive, il existe d’autres solutions que celles, traditionnelles, qui consistent à ne se reposer que sur les éventuelles décisions et volontés politiques, ou à tenter d’influer dessus pour que les choses changent. Nous pouvons tous, en tant que citoyens consommateurs (eh oui, n’oublions jamais que derrière chaque consommateur – une valeur si chère à notre culture d’entreprise – se cache un citoyen ! ) choisir de ne plus soutenir notre industrie nucléaire. Comment donc ? Simplement en résiliant notre contrat avec EDF, et en nous tournant vers Enercoop.

Enercoop est un ensemble de coopératives régionales qui a pour but de rapprocher le consommateur d’électricité de son producteur d’électricité, un peu sur le même modèle que les AMAPs. Et bien sûr, en plus de dénicher de plus en plus de producteurs locaux, Enercoop s’attache à ne fournir que de l’électricité « verte », c’est-à-dire non issue des énergies nucléaire (très dangereuse, mais aussi polluante, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire) et fossiles (très polluantes).

Alors bon, il faut tout de même prendre en compte que cette énergie coûte un peu plus cher que celle, bon marché (ou prétendument bon marché), fournie par les entreprises du secteur. Selon nos calculs, tout à fait informels, il faut s’attendre à une augmentation de sa facture d’électricité de 15% environ par rapport aux tarifs d’EDF.

Mais il va aussi falloir qu’on apprenne à remettre le prix dans les choses qui en valent le coût ! Au même titre qu’il nous semble tout de même assez étrange de trouver, dans les rayons des supermarchés, de la viande à un prix inférieur à celui de la nourriture pour chat (entendons-nous bien, nous n’avons rien contre les chats…), nous pensons qu’il est assez logique de payer une énergie plus chère si elle est respectueuse de l’humain (n’oubliez pas la main d’oeuvre qui est nécessaire à l’extraction de l’uranium dont nos centrales ont besoin, aujourd’hui principalement originaire de mines situées au Niger) et de l’environnement.

Enercoop propose en plus un beau slogan, révélateur de sa non participation à cette course frénétique que nous nommons « croissance économique » : l’énergie la plus propre est celle que nous ne consommons pas !

Alors prenez le temps de réfléchir, de déterminer ce qui est vraiment important pour vous, et agissez selon votre conscience.

Et vive l’énergie militante !


Utopia 56

Dimanche 3 décembre 2017 est organisée à partir de midi, à la Cantine du 18, par l’association Utopia 56, une braderie dont les bénéfices serviront à financer différentes actions d’aide aux réfugiés.

Bérengère Viennot, bénévole dans cette structure depuis un an, et aujourd’hui responsable des points de collecte dans le 18ème arrondissement, nous en explique le fonctionnement : l’association récupère les vêtements dont les parisiens ne veulent plus, et les redistribue aux réfugiés situés, notamment, Porte de la Chapelle. Mais certains de ces habits ne conviennent pas pour vêtir et réchauffer ces personnes vivant dans une situation plus que précaire, alors, dans ce cas, une braderie est organisée, au terme de laquelle les subsides reçus servent à financer des nuits d’hôtel pour mineurs, ou les contraventions et les mises en fourrière (car les véhicules de collecte et de maraude sont parfois pris pour cible par les services de la ville de Paris), ou encore des produits d’hygiène, toujours à destination des mêmes personnes.

Bérengère habite dans le nord de Paris. Assez rapidement, comme nous tous, elle s’est retrouvée confrontée à ces hordes de réfugiés cherchant tant bien que mal des abris de fortune et des squats. Avec trois heures d’engagement par semaine en moyenne, elle apporte son aide à ces gens-là, en se rendant bien compte que nous pourrions être à leur place. Leur seul véritable malheur, c’est de n’ « être pas né entre les bonnes cuisses ». Et à ceux qui prétendent qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, elle rétorque qu’ « elle est déjà là, la misère du monde, et [ qu’ ] il faut bien s’en occuper ».

Alors elle a pris contact avec Utopia 56, qui est une association créée en janvier 2016 dans le Morbihan, en Bretagne, par des festivaliers décidés à aider à la gestion de la crise humanitaire à Grande-Synthe et dans la jungle de Calais, puis qui ont élargi leur périmètre d’action jusqu’à Paris. Jusqu’à la fin de l’année 2016, l’association s’est occupée du vestiaire (distribution de vêtements) du camp de la Chapelle, mais face aux durcissements des politiques publiques concernant les réfugiés,  et à la mise en place d’une sélection s’appuyant notamment sur les accords de Dublin qui rendent une personne possiblement « dublinable » (néologisme signifiant « expulsable dans le pays où elle est d’abord arrivée en Europe » ; en bref, il s’agit ni plus ni moins d’une politique de la patate chaude), elle a préféré s’en retirer et augmenter les maraudes dans Paris.

Nous pouvons tous soutenir l’action d’Utopia 56, en devenant bénévole, adhérent, ou en participant à son programme d’hébergement citoyen qui tend à se développer (si vous avez de la place chez vous, peut-être pourriez-vous accueillir un réfugié pour une nuit ? ).

N’oublions jamais que nous pourrions être ces gens-là, et qu’en les aidant, en les hébergeant, en les habillant, « on ne déshabille pas Jacques ou Paul pour habiller Mohamed », non, on se pare d’une dignité dont ne font pas souvent preuve les politiques électoralistes qui nous gouvernent. Et on traite autrui comme on aimerait être traité.

Il ne tient qu’à nous que l’action d’Utopia 56 ne soit pas qu’une utopie.


Novembre 2017 : un joyeux détournement des espaces publicitaires.

Dernièrement, dans le couloir reliant les lignes 4 et 12 du métro parisien, à la station Marcadet-Poissonniers, les espaces publicitaires tapageurs de la RATP ont été détournés d’une manière gouleyante. Ci-dessous, quelques photographies d’illustrations prises et transmises par notre envoyé spatial (qui ne se déplace que dans l’espace, jamais dans le temps) Dominique Grichois :

Alors, il est pas vivant notre 18ème ! ? ! Ça vous réchauffe pas les plumes de voir tant d’indignation étalée au grand jour ! ? !