Le Troisième café n’est pas le dernier pour aider son prochain.

Il y a quelques jours, nous sommes allés déjeuner au Troisième café, un lieu associatif situé dans le Marais, à côté du marché des Enfants rouges, et nous avons eu le plaisir de partager notre table avec Anne Esambert, la présidente de l’association. Bon, on vous avoue, ce n’était pas un hasard, même si ce lieu exigu se prête formidablement bien aux rencontres impromptues et au partage de moments conviviaux.

Au Troisième café on y mange bien, et pour pas cher. Normal, puisque l’objectif principal d’Anne en ouvrant ce lieu en octobre 2014 était de faire en sorte que « ceux qui n’ont pas d’argent puissent aussi manger bio et local ». Après deux décennies à travailler dans le domaine de la politique, elle n’a pu que constater le « manque d’exemplarité au niveau des élites, privées comme publiques. Tout le monde considère qu’il peut faire ce qu’il veut. » Alors comme souvent devant l’impéritie de nos représentants politiques, une citoyenne s’est retroussée les manches et a décidé de proposer une solution, à son échelle, aux maux de notre société individualiste. Depuis maintenant plus de quatre ans, elle fait donc « oeuvre utile », à tel point que les personnes sans le sou peuvent y venir se nourrir gratuitement, grâce à un système mutualiste très simple : ceux qui peuvent laisser quelques centimes ou quelques euros de plus voient leur obole se transformer en « plats suspendus » qui seront servis à ceux qui les demandent.

Et même, depuis un peu plus de deux mois, des maraudes sont organisées tous les jeudis soirs pour aller à la rencontre des laissés-pour-compte du quartier et leur proposer un repas chaud, cuisiné notamment avec des invendus fournis par certains commerces bio.

Mais pour faire tourner cette boutique, il faut du monde ! En dehors des bénévoles qui s’engagent dans ce projet, ce sont quatre salariés qui se relaient, dont trois emplois aidés. Il est d’ailleurs à noter que, depuis la réduction drastique des moyens financiers publics consacrés aux emplois aidés, les effectifs du Troisième café sont passés de six salariés à quatre. Ben oui, il faut bien comprendre que notre « start-up nation » ne veut rien avoir à faire, ou le moins possible, avec des projets associatifs solidaires qui ne dynamisent pas confortablement notre croissance économique ! Il faut avant tout créer de la richesse ! Mais pour qui ? La question, bien que pertinente, reste aujourd’hui en suspens, et peu de politiques se la posent.

Par conséquent, qui sait ? vous pourrez peut-être avoir le plaisir de découvrir un jour, au hasard d’une promenade parisienne, un scooter surchargé de produits frais (en général 10kg de pommes-de-terre, autant de carottes, autant d’oignons, quelques herbes aromatiques et on en passe) conduit par une femme douce et déterminée, et vous aurez tout le loisir de vous demander si le poids de la tâche n’est pas supérieur à celui de la personne qui l’assume.

Le Troisième café vous attend.

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