Gallusothèque

Qu’est-ce que la Gallusothèque ? Une bibliothèque que nous proposons à notre public, dans laquelle vous pourrez trouver des ouvrages offrant un point de vue original et constructif sur le monde qui nous entoure. Car nous ne voulons pas nous contenter de dénoncer certains abus dans nos chansons, nous voulons aussi démontrer qu’il existe des alternatives.

Tout abonné à notre info-lettre pourra nous emprunter le bouquin qu’il souhaite, simplement en nous informant par courriel qu’il sera présent à tel concert et qu’il souhaite donc que nous y apportions tel livre.


« Un long chemin vers la liberté » de Nelson Mandela.

Cette autobiographie raconte l’histoire d’un homme qui, toute sa vie, a été libre. Ce qui n’est pas chose facile… Et dans cette vie, vingt-sept années ont été passées en prison. Mais libre. Toujours libre. Jamais une contrainte physique n’a enlevé sa liberté d’être et de penser à Nelson Mandela. Ses conditions de détention n’ont pas toujours été des plus humaines, mais jamais il n’a failli dans son désir de liberté, que disons-nous ! dans son devoir de liberté.

Car c’est bien devenu un devoir pour lui quand, jeune adulte, il a compris que lui et son peuple n’étaient pas libre du fait de leur couleur de peau. Et c’est peut-être ce qu’il y a de plus sidérant dans cet ouvrage : y est décrit le système d’apartheid (mot signifiant « séparation », « mise à part ») développé en Afrique du Sud à partir des années 50. C’est peut-être la preuve ou l’illustration que l’Histoire n’apprend rien aux hommes, qu’elle se répète de génération en génération ; car comment imaginer, après la Seconde guerre mondiale et l’extermination du peuple juif, qu’une nation faisant partie du Commonwealth mette en place officiellement une politique raciste excluant des instances gouvernantes du pays toutes les personnes non blanches ? Bien évidemment, il faut remettre chaque chose dans son contexte, et les problèmes culturels et historiques d’Afrique du Sud n’ont pas grand chose à voir avec ceux du continent européen. Mais la question nous paraît tout de même légitime…

En plus de 700 pages passionnantes, Nelson Mandela nous expose donc son cheminement de pensée et sa carrière de « combattant de la liberté », jusqu’à son arrivée au pouvoir en 1995 : le premier président élu au suffrage universel dans ce pays. Son parcours est exemplaire et doit être érigé en modèle.

Mais une chose, principalement, saute aux yeux à la lecture de cette autobiographie. Aveuglé par ce besoin de liberté politique, il semblerait que Nelson Mandela n’ait pas vu venir l’emprisonnement économique de son peuple dû à un système capitaliste féroce qui a fini par faire main basse sur son pays. Dans son livre La stratégie du choc – la montée d’un capitalisme du désastre (disponible aussi dans la Gallusothèque), Naomi Klein consacre un chapitre à la libération politique de l’Afrique du Sud, et y explique que son libérateur, Nelson Mandela, s’est fait voler sa révolution par manque de connaissance et de vigilance dans le domaine économique. Par conséquent, aujourd’hui, plus de vingt ans après cette libération politique, les inégalités économiques entre Noirs et Blancs sont extrêmes, et la pauvreté des premiers ne fait que renforcer les inimitiés et les rancunes.

Que peut-on alors conclure de cette page d’Histoire, et de cette oeuvre littéraire d’une grande portée ? Qu’il faut peut-être concevoir une révolution, un changement important, une évolution décisive dans une société de manière globale, en investissant tous les domaines de réflexion possibles sans en laisser un seul de côté.

Mais après tout, Nelson Mandela n’est pas dupe, et sait rester humble jusqu’au bout, malgré son statut d’icône. À la toute fin de son livre, en parlant de lui-même et du peuple noir, il précise bien que « nous ne sommes pas encore libres ; nous avons seulement atteint la liberté d’être libres, le droit de ne pas être opprimés. […] Car être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. »

Et c’est là une magnifique leçon d’humilité, car nous, le duo Gallus, avons malheureusement le sentiment que, partout dans le monde « développé » et « civilisé », et notamment en France, beaucoup de gens ne semblent pas être libres. Ils ont la liberté d’être libres mais ne s’en emparent pas…

Ce livre est à votre disposition sur simple demande !

C’est en lisant qu’on sera les mieux armés face à ça.


« Solutions sociales » de Jean-Baptiste André Godin.

Tout au long de notre cursus scolaire, on nous apprend en cours d’Histoire que le communisme a partout été un échec et une catastrophe pour les populations. En dehors du fait que notre système tend à mettre en avant uniquement les mauvais côtés des différents pays ayant de près ou de loin touché à cette doctrine, il a aussi souvent tendance à occulter le fait que dans certains cas il ne s’agissait plus vraiment de communisme. Par exemple, en URSS, si l’idéologie de base s’appuyait bien sur le marxisme, c’est tout bonnement une dictature qui a été mise en place et assumée fermement par Joseph Staline.

Vous vous en doutez, notre but n’est pas ici de réformer notre manière d’enseigner l’Histoire aux jeunes générations (quoique cela ne soit pas une mauvaise idée), mais bel et bien de vous présenter un ouvrage très peu connu : « Solutions sociales » de Jean-Baptiste André Godin, aux éditions Les éditions du Familistère. Vous savez ? celui qui a construit le Familistère de Guise, qui fait l’objet de l’étape 10 du guide à Gallus !

Alors attention ! Jean-Baptiste André Godin n’était pas écrivain, et si vous comptiez plonger votre nez dans ce bouquin pour sa syntaxe recherchée vous seriez vite découragé ! Ce personnage a souhaité coucher sur le papier ses idées afin d’expliquer au plus grand nombre les raisons de ses actes, car il était avant tout un homme d’action, et sa vie durant il a d’abord agi avant d’essayer de convertir son entourage à ses idées.

Cet ouvrage a donc pour objet d’exposer son parcours et d’expliquer son évolution. Cet homme n’est pas né riche, mais a tout de même réussi à faire fortune. Et cette fortune, il ne l’a pas consacrée à son plaisir personnel ni à sa famille, tout en gardant bonne conscience en s’appuyant sur la théorie du ruissellement (qui n’existait de toute manière pas à l’époque, ou qui n’avait en tous cas pas encore été formulée explicitement), mais il l’a dédiée à la mise en pratique de ses idées et de ses solutions sociales.

Quelles sont les raisons de ce choix ? Comment un chef d’entreprise qui a fait fortune dans une société capitaliste a décidé, au bout du compte, de ne pas léguer sa fortune à sa famille, mais bel et bien de permettre à des centaines de personnes, pour la plupart ses salariés, d’en profiter afin qu’elles puissent en jouir pour développer une entreprise devenue association ou coopérative dans l’intérêt général ?

Jean-Baptiste André Godin avait compris que le concept de famille noie les idées progressistes et les pervertit, car on préfère toujours privilégier les « siens », c’est-à-dire les membres de sa famille, que d’aider des inconnus (nous sommes en tous cas éduqués dans ce sens). C’est un sentiment humain, bien sûr, mais que la société, en tant qu’entité de réflexion collective, ne devrait pas faciliter. Mais Godin a vite compris (sa famille l’a notamment aidé à comprendre ce fait) que les populations du XIXème siècle n’étaient pas prêtes à entendre ce type de discours. Il a donc mis ces idées (d’origine fouriériste) de côté et a décidé, avec sa propre fortune (et au grand dam de sa famille), de proposer les solutions sociales qu’il estimait possiblement intégrables à la société du Second Empire.

C’est en ça que ce bouquin est passionnant : en dehors d’un chapitre 12 globalement long et ennuyant sur la phrénologie, il expose précisément tout ce qui, selon lui, peut améliorer la condition de vie des ouvriers, en passant par le principe d’association ; l’architecture idéale pour que les logements de ceux-ci soient aérés quotidiennement, pour qu’ils reçoivent le plus de lumière possible ; la vie en communauté pour que les idées soient échangées, que les voisins se parlent, et parce que l’humain est un animal social ; l’école gratuite pour tous les enfants, filles et garçons, pour qu’ils puissent choisir leur avenir ; etc..

Mais gardez toujours en tête au fil de ces lignes, cher lecteur, que tout ceci a été mis en pratique et a fonctionné. Ce livre est un témoin d’idées révolutionnaires, socialistes ou communistes (choisissez le terme qui vous convient le mieux) mises en pratique pendant environ un siècle, et qui ont survécu à leur initiateur pendant environ quatre-vingt ans ! Et ça a été fait sans effusion de sang, sans violence et sans renversement d’un système bien établi ! Bien évidemment, personne n’a cherché à reproduire ce modèle ailleurs qu’à Guise, car il n’a vu le jour que grâce à une personne riche qui a su voir au-delà de ses intérêts personnels et familiaux.

Beaucoup de ces idées font encore preuve d’une grande modernité et devraient aujourd’hui être appliquées à une échelle beaucoup plus globale, mais pour cela il faudrait une réelle volonté politique. La leçon que nous retenons donc de l’oeuvre de Jean-Baptiste André Godin, c’est que chacun de nous, à notre niveau et sans attendre d’avancée politique, nous pouvons contribuer au changement de notre société pour qu’elle devienne une entité de plus en plus humaine et solidaire.

Ce livre est à votre disposition sur simple demande !

C’est en lisant qu’on sera les mieux armés face à ça.


« La stratégie du choc – La montée d’un capitalisme du désastre », de Naomi Klein.

Tout le monde le sait, les États-Unis forment la plus grande démocratie du monde. Tout le monde ? Pas vraiment. Il semblerait qu’une poignée d’intellectuels résistent encore et toujours à cette assertion. Naomi Klein, journaliste et documentariste canadienne, fait partie de ceux-là, et revisite plus d’un demi-siècle d’histoire géopolitique avec « La stratégie du choc – La montée d’un capitalisme du désastre. »

Alors quoi ? Que peut-on bien apprendre qu’on ne sache déjà ? Eh bien étant donné qu’il est admis que l’Histoire est écrite par les vainqueurs, beaucoup de choses.

La Liberté est un concept hautement défendu par les États-Unis, et ça, personne ne peut en douter. Mais la Liberté de quoi ? La Liberté de qui ? La notion de Liberté est-elle la même pour un Français que pour un Américain (ou plutôt, devrait-on dire, un États-uniens, car il y a beaucoup d’autres pays en Amérique !). Est-elle similaire en Argentine, en Afrique du Sud, en Chine à la notion défendue par les États-Unis ? Non, certainement pas, et c’est cette différence que met en avant ce livre.

Les États-Unis défendent par dessus et avant toute chose la Liberté d’entreprendre, plus communément appelée la Libre-entreprise. Et si pour défendre cette Liberté-là il faut mettre à mal celle d’individus ou même celle d’États, il n’y a aucun doute à avoir sur les choix qu’ils opéreront. Ils feront toujours passer en priorité la Liberté d’entreprendre avant tout le reste. Par dessus tout le reste. Et le plus important, bien évidemment, c’est la Liberté d’entreprendre de leurs entreprises !

Il faut destituer un président élu démocratiquement et engageant des réformes sociales améliorant les conditions de vie des Chiliens ? Pas de problème, ce sera fait en 1973 pour pouvoir forcer l’ouverture du marché aux entreprises américaines (un véritable viol économique).

Il faut écarter un dirigeant irakien prenant un peu trop d’aisance dans sa manière de gérer ses intérêts pétroliers ? Pas de souci, ce sera fait à deux reprises, en 1991 puis en 2013, et peu importe si le peuple irakien ne se satisfait pas de ce nouveau régime et de ces nouvelles conditions de vie.

Il faut créer un climat perpétuel d’angoisse et de peur pour permettre la croissance fulgurante du secteur de la sécurité et doper l’économie mondiale ? Aucun inconvénient, il suffit de s’ingérer dans les affaires d’un maximum de pays et de pointer du doigt des ennemis créés de toutes pièces (souvenons-nous notamment des mensonges avérés sur les armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein).

Tant que la croissance économique est au rendez-vous, et que les États-Unis restent la plus grande puissance économique mondiale, tout va bien !

Les recoupements se font ensuite tout seul, par exemple avec Dette, 5000 ans d’histoire de David Graeber (disponible aussi dans la Gallusothèque), qui pense pouvoir affirmer que si le dollar est aujourd’hui la première monnaie, la plus importante, c’est avant tout parce que les États-Unis entretiennent (à crédit) la première armée du monde. C’est parce qu’ils l’imposent par la force et au détriment de beaucoup de libertés (sans majuscule, car, pour eux, elles ne sont pas importantes). Là où David Graeber théorisait sans trop insister sur les exemples pratiques, Naomi Klein a réuni tous les éléments (ou presque) permettant d’appuyer cette théorie.

Ce livre est un véritable choc : il nous dévoile une stratégie états-unienne faisant froid dans le dos.

Est-on bien certains qu’on parle d’un pays allié ? D’un pays ami ?

Cet ouvrage est à votre disposition sur simple demande !

C’est en lisant qu’on sera les mieux armés face à ça.


« Le capital au XXIème siècle » de Thomas Piketty.

Deuxième sélection de notre Gallusothèque : « Le capital au XXIème siècle » de Thomas Piketty, aux éditions Les livres du Nouveau Monde.

Un bon gros pavé de presque mille pages, traitant d’économie, ça vous tente ?

A priori non, nous sommes bien d’accord. Et pourtant, ce serait bien dommage de passer à côté.

Thomas Piketty, de manière sérieuse et passionnante (ces deux notions ne sont pas antinomiques), dresse le bilan de l’économie occidentale, mais aussi mondiale, et l’inscrit dans une perspective comparative historique. Afin que le lecteur comprenne bien les chiffres qu’il manipule, il prend évidemment soin d’exposer sa méthodologie et les sources desquelles il tire ces chiffres.

Nous est alors soumis un travail stupéfiant, agrémenté régulièrement de tableaux et graphiques éloquents, offrant la possibilité de se rendre compte que, malgré le « progrès technologique » et la stabilité de nos « institutions démocratiques », l’économie européenne est de plus en plus inégalitaire et est sur le point de rejoindre le déséquilibre atteint à la veille de la Première guerre mondiale. En bref, la majeure partie du capital est aujourd’hui aux mains d’une frange de la population de plus en plus réduite…

Aux États-Unis, ce déséquilibre a même déjà été dépassé !

Eh ! Mince ! Mais ce livre date de 2013 ! Où en sommes-nous donc aujourd’hui ? Soyons francs, il y a de fortes chances que les courbes aient tranquillement suivi leur chemin…

Mais pas de panique ! L’auteur ne se contente pas d’énumérer et d’analyser les chiffres, non ! il ose même s’aventurer à proposer des solutions qui lui semblent d’ailleurs des plus logiques pour lutter contre ces inégalités : créer un impôt mondial et progressif sur le capital (n’oublions pas que le rendement moyen de ce dernier est de 4% par an – donc 40 000€ pour un patrimoine d’un million), et imposer une très grande transparence financière internationale. Adieu, donc, paradis fiscaux, patrimoines immobiliers assoupis, héritages démentiels (eh bien oui, franchement, il n’est pas logique du tout que, sous prétexte qu’une personne soit bien née, elle puisse hériter de sommes colossales), etc..

Bon, on est d’accord, c’est pas demain la veille…

En réalité, ce bouquin n’est rien d’autre qu’un bon polar de plus, dans lequel l’enquête est rondement menée, le coupable rapidement désigné, le procès magistralement organisé, mais… – sans vouloir vous en dévoiler la fin – il court toujours le salaud !

Ça tombe bien, on en avait marre des fins heureuses…

Ce livre est à votre disposition sur simple demande !

C’est en lisant qu’on sera les mieux armés face à ça. 


« Dette, 5000 ans d’histoire » de David Graeber.

Et pour ouvrir notre Gallusothèque, nous avons choisi « Dette, 5000 ans d’histoire » de David Graeber, aux éditions Les liens qui libèrent.

Pourquoi ? Car nous vivons dans un système économique complexe, mondialisé, où la question de la dette revient à tous les niveaux, ou presque, de nos existences (l’État français est endetté, les communes sont endettées, et chacun d’entre nous l’est plus ou moins). Mais qu’est-ce que la dette ? Et quel est son rôle par rapport à la monnaie ? Le capitalisme se définit-il par rapport à la dette ? Ou à la monnaie ? Ou les deux ? Qu’est-ce que le capitalisme exactement ? Une dette doit-elle toujours être remboursée (c’est là une antienne qu’on nous serine depuis fort longtemps) ?

C’est à toutes ces questions intrigantes que répond cet ouvrage, et d’une manière très pédagogique.

Mais David Graeber ne se contente pas de nous expliquer que les crédits actuels sont accordés à partir d’argent qui n’existe pas ; que les intérêts dépassant les 5% sont pour le moins honteux et amoraux – bien que légaux ; qu’une dette ne devrait être contractée qu’entre deux parties égales (comment est-il possible qu’un système autorise l’expulsion de ménages pour défaut de paiement de leurs dettes auprès d’établissements financiers dont les pratiques sont souvent douteuses ?) ; que les pièces de monnaie ont été créées initialement pour financer les guerres ; que dans la droite continuité, les États-Unis maintiennent la force de leur monnaie référence dans le monde, le dollar, uniquement grâce à leur capacité à intervenir de manière armée et violente n’importe où dans le monde ; non, il propose aussi des solutions. Ou en tous cas au moins une : celle d’effacer les tablettes pour tout reprendre sur de bonnes bases.

On a alors envie de faire le lien avec les différentes monnaies locales et libres qui se créent un peu partout en France et dans le monde, et dont l’objectif est de se désolidariser de la férule d’un État pour créer une économie qui ne servira pas à enrichir les plus riches. et qui ne courra pas droit dans le mur en préconisant une croissance perpétuelle qui est impossible à tenir.

Bref, ce livre est passionnant, et il est à votre disposition sur simple demande !

C’est en lisant qu’on sera les mieux armés face à ça.